ico-menu.svg
ico-search-org.svg ico-close.svg ico-user.svg
ico-button-back.svg
Comment former à un métier fragmenté, automatisé ?
Crédits: Bibliothèque et Archives Canada. Harper Rennick chauffant un fer à cheval, Shawville (Québec).

Comment former à un métier fragmenté, automatisé ?

Julien Lecarme
par Julien Lecarme - Modifié Il y a 10 heures
Comment former à un métier fragmenté, automatisé ?
Crédits: Bibliothèque et Archives Canada. Harper Rennick chauffant un fer à cheval, Shawville (Québec).

Récemment Olivier Ertzscheid revenait dans un billet sur l'audition a l'assemblé national d'Arthur Mensch, PDG de Mistral AI et les effets du Vibe Coding.

Le cauchemar de Lessig. If « Code Is Law », what da fuck is « Vibe Coding » ?


En citant deux séquences :

"« Aujourd’hui, les ingénieurs chez Mistral n’écrivent plus de ligne de code. » Je répète et souligne : « Aujourd’hui les ingénieurs chez Mistral n’écrivent plus de ligne de code. »

Et il poursuit : « Aujourd’hui vous n’êtes plus un artisan, vous êtes un manager, donc vous demandez à des agents (IA) d’écrire le code pour vous. Vous donnez les spécifications ; vous êtes un donneur d’ordre. »."


Puis construisait son article en plusieurs questions :

"Est-ce que c’est grave ? : Je n’ai pas la réponse à court terme mais à moyen terme j’ai l’absolue certitude que cela l’est. Et que cela l’est éminemment."

"Si l’on s’accorde sur le fait que le code est une langue ou à tout le moins un langage, quand vous n’écrivez ou ne parlez plus une langue, au bout de combien de temps cessez-vous de la comprendre et de la maîtriser ? "

et citait un peut plus loin le philosophe Ludwig Wittgenstein :

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde ».


"Si c'est en forgeant que l'on devient forgerons, est-ce que l'on peut devenir forgerons sans forger ? "


Voila une question qui joliment formulé par Gabrielle Halpern dans Les identités professionnelles à l’épreuve de l’intelligence artificielle, qui illustre ce que l’artisanat vit depuis le XIXe via l'industrialisation et le nouveau choc de l’IAisation du XXIe.


Dans les apprentissages métier, en formation professionnelle, il devient difficile de proposer a l'apprenant des activités de métier simples, formatrices, dans ce qui n'a pas été mécanisé, optimisé et Taylorisé.

Par exemple, en charpente, on résume le processus de réalisation en "tracer, tailler, lever", et on le valorise en disant que celui ou celle qui sait faire ça sur un ouvrage, maitrise son métier, le reste n'est qu'un sujet de complexité d’ouvrage.


Mais depuis longtemps, "Tracer" est "monté" au bureau d'étude, avec des techniciens qui dessinent, conçoivent, certains sans trop être allé sur le chantier, y découvrir ses difficultés et ses contextes extrêmement changeants.

La même chose pour "Tailler", avec des entreprises qui se sont spécialisées sur le taillage, des centres de taille, avec des ouvriers, opérateurs, spécialisés en taillage machines. Ces outillages sont tellement onéreux qu'ils induisent, à l'image des outils agricole, cette logique de spécialisation et de rationalisation. D’abord des process, mais surtout de la matière entrante, qui se standardise.

Et pour finir "Lever", avec de belles améliorations de santé-sécurité au travail via la mécanisation. Mais une automatisation bien plus lente que sur la conception et le taillage. C'est donc en grande partie ici que se retrouvent les femmes et hommes de métier.


Bref, de la segmentation classique. Mais avec de réels impacts sur les apprentissages et la maitrise plus complète d'un métier. Mais aussi une fatigue du corps a l’ouvrage exposé disproportionnellement aux activités les plus éprouvantes. Les autres étant passés bien au sec (au frais ?), aux machines.


Cela fait un moment que l'on voit un parallèle entre industrialisations de l'artisanat au XIXe et l'IAisation du tertiaire au XXIe. Que peut-on tirer de cette expérience ?


Spécialisation et excellence

Pour partie, l’artisanat a maintenu ses compétences dans la spécialisation et l'excellence, via une stratégie de niches. Exemple avec les secteurs du luxe et du patrimoine bâti.

Certains maitrisant les bases du métier, on apprit à maitriser des outils plus techniques.

L’apprentissage de ces bases reste donc essentiel, pour la construction des futures professionnelles, mais aussi très attendu des entreprises, qui, même si elles ne font plus toutes les activités métiers, en gardent une vision de nécessité pour être "un bon professionnel".

Le tout en formant aux technologies des plus classiques, au plus actuelles. De la main à la machine.


Reconstitution des processus métier

Si l’entreprise s’est massivement segmentée, il faut reconstituer artificiellement des “chaînes complètes” en formation. Les CFA ont bien vu ce phénomène : “On va le faire au CFA, ils ne le voient plus en entreprise”.

Il est donc nécessaire, en formation, de maintenir une logique par ouvrage, et d'y modéliser un processus de réalisation complet : Tracer - Tailler - Lever. Autrement dit, de dé-segmenter BE - Atelier - Chantier.

Reconstituer aussi, via la mobilité professionnelle, qui favorise cette vue d'ensemble par la multiplication des expériences.



Et pour finir, Olivier Ertzscheid conclut son article sur le talon d’Achille des limites énergétique du développement de l’IA.


De même, dans l’artisanat, les limites de standardisation de la ressource, le passage à des usages plus circulaires, réinterroge la robustesse de la segmentation du processus métier.

Où quand la matière guide la conception et sa transformation.


La mécanisation a déplacé les gestes, l’IA déplace les pensées ; toutes deux bousculent les apprentissages et le sens de ce qu’est un métier. Un métier n’est pas seulement une activité productive, mais une activité de construction d’identité, émancipatrice pour celles et ceux qui le pratiquent.





Julien Lecarme
Rédigé par Julien Lecarme
ico-souples-org.png ico-souples-org.png ico-souples-org.png ico-souples-org.png
Veilleur

ico-comment.png Commentaires

Pour laisser un commentaire, veuillez vous connecter ou vous inscrire.

S’inscrireSe connecter