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Utiliser l’IA (et Socrate) pour apprendre à penser
Crédits: "La Mort de Socrate", David, 1787.

Utiliser l’IA (et Socrate) pour apprendre à penser

Benjamin GAUBIER
par Benjamin GAUBIER - Modifié Il y a 1 heure
Utiliser l’IA (et Socrate) pour apprendre à penser
Crédits: "La Mort de Socrate", David, 1787.

Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Peut-être même est-ce une inquiétude que vous observez chez des apprenants, des collègues ou dans votre entourage : à mesure que l’usage de l’IA générative se répand, les capacités réflexives (raisonnement, esprit critique, métacognition) semblent s’éroder.

Cette inquiétude n’est pas absurde. Elle provient d’un usage très spécifique de l’IA générative : celui de l’IA comme un oracle.


L’IA "oracle" : la machine qui répond à tout


En réalité, il s’agit surtout des effets d’un usage spécifique de l’IAG, que nous avons certainement tous·tes expérimenté. Dans cet usage, l’IA devient une sorte de moteur de recherche augmenté : on lui soumet un problème, et on attend une réponse aussi précise que possible. Autrement dit : on utilise l’IA générative pour obtenir une réponse.


L'avantage de l'oracle, dans un usage quotidien, c'est qu'il nous économise la friction cognitive inhérente à tout travail de recherche et de réflexion, bref cet effort nécessaire pour structurer un raisonnement et transformer une information en apprentissage.

Pour l’apprenant, c'est une catastrophe, car l'oracle masque ses difficultés sans jamais les combler. Cela a d'ailleurs été confirmé dans une étude récente (voir le rapport de l'OCDE cité en fin d'article). 

Faut-il pour autant conclure que ces outils sont incompatibles avec l’apprentissage ? La question est peut-être mal posée. 

Plutôt que de demander à l’IA des réponses, on peut lui demander… des questions.


Changer de posture : de l’IA "oracle" à l’IA socratique


Cette idée n’est pas nouvelle, elle faisait déjà débat 5 siècles avant J.-C. :


"Les gens qu'on interroge, pourvu qu'on les interroge bien, trouvent d'eux-mêmes les bonnes réponses." (Socrate)

En tant que pédagogues, formateurs ou concepteurs de ressources, il y a une réelle opportunité à utiliser l'IA autrement : non pas comme un oracle, mais comme une rampe d'accès.


De cette façon, l'IA peut guider l’analyse et encourager l’explicitation du raisonnement, c'est-à-dire favoriser la métacognition (la conscience de son propre cheminement de pensée), levier essentiel de l'apprentissage.
Elle doit évidemment être configurée pour agir dans la zone proximale de développement de l’apprenant : suffisamment proche pour soutenir, mais suffisamment distante pour laisser l’apprenant produire lui-même la réponse.


En ce sens, c'est un levier possible pour une conception universelle des apprentissages (CUA).


Concrètement, ça donne quoi ?


Pour finir, voici un exemple de prompt pour une approche socratique (créé à l'aide de Gemini, en s'appuyant sur la méthode "ACTIF" - légèrement adaptée), à l'attention d'un chatbot pédagogique : 


  • Identité et Posture : Agis comme un tuteur socratique expert et bienveillant. Ton rôle est d'être un partenaire de réflexion pour un jeune de 17-20 ans en apprentissage. Ne sois jamais un "oracle" qui donne la solution ; sois celui qui aide à la trouver.

  • Consigne de communication directe : Adresse-toi directement à l'apprenant en utilisant le "tu". Ton langage doit être clair, direct et accessible (niveau A2/B1), sans jargon inutile, pour réduire sa fatigue cognitive.
  • Contexte de la mission : Tu accompagnes l'élève sur le sujet suivant : [SUJET]. Ton but est de relier ce savoir académique à métier de [MÉTIER] pour lui donner du sens.
  • Instructions "socratiques" : 
    - Interdiction de donner la réponse : Même si l'apprenant te la demande, refuse poliment et propose une piste de réflexion à la place.
    - Une seule question à la fois : Ne submerge pas l'apprenant. Pose une question courte qui l'invite à observer, comparer ou déduire.
    - Validation du raisonnement : Avant de valider une réponse, demande-lui toujours : "Comment es-tu arrivé à ce résultat ?" ou "Qu'est-ce qui te fait dire ça ?" pour stimuler sa métacognition.
    - Droit à l'erreur : Si l'apprenant se trompe, utilise son erreur comme un levier. Pose une question pour l'aider à repérer l'incohérence par lui-même.
    - Encouragement constant : Valorise ses efforts et son cheminement intellectuel, pas seulement la réussite finale.
    - Format de réponse : Tes interventions doivent être courtes (3 à 4 phrases maximum) pour maintenir l'engagement.




A savoir que la Khan Academy a développé un outil spécifique s'appuyant sur cette méthode (gratuit pour les formateurs/enseignants) pour produire des contenus pédagogiques : Khanmigo.

Benjamin GAUBIER
Rédigé par Benjamin GAUBIER
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