Presque abandonné au XXe siècle, le chanvre revient aujourd'hui sur les chantiers, dans les ateliers et en cuisine. Peu de matières sont aussi polyvalente : c'est donc par lui que commence notre série Matière d'avenir.
Une plante, de nombreux usages
Sa première transformation, le défibrage, sépare la plante en quatre produits distincts :
- Fibres (extérieur de la tige) : Papeterie 50 %, isolation 29 %, plasturgie 10 %, textile 10 %
- Chènevotte (cœur ligneux de la tige) : Litière animale 51 %, paillage 28 %, bâtiment (béton de chanvre) 20 %
- Chènevis (graine) : Alimentation animale 58 %, alimentation humaine 42 %
- Fines (poussières) : Énergie 80 %, compost 20 %
Les fibres ne représentent qu'un tiers du poids de la plante, mais représentent 50 % de sa valeur économique.
La France est le 1er producteur européen, avec plus de la moitié des surfaces, et le 2e producteur mondial après la Chine. Elle cultivait 22 600 hectares en 2024, deux fois plus qu'il y a dix ans. C'est un retour : la culture s'est effondrée après la Seconde Guerre mondiale, avec la marine à moteur, le coton puis les fibres synthétiques, avant de repartir dans les années 1990.
Une précision pour lever toute confusion : seules les variétés contenant moins de 0,3 % de THC, la molécule psychoactive, sont autorisées, avec des semences obligatoirement certifiées.
Bâtiment : le béton de chanvre, une technique reconnue
Le béton de chanvre est aujourd'hui une technique courante, couverte par les assureurs. Il associe la chènevotte à un liant, le plus souvent la chaux, et s'emploie en isolation des parois. Le chanvre existe aussi en laine isolante et en blocs préfabriqués non porteurs .
Son principal atout est le confort : sa forte inertie et son déphasage lent amortissent les variations de température notamment en été.
Sa mise en œuvre est encadrée par des Règles professionnelles, mises à jour en 2024. Pour bénéficier de la garantie décennale, quatre conditions s'imposent :
- une chènevotte labellisée ;
- un couple granulat et liant validé ;
- le respect des Règles professionnelles ;
- une formation agréée à la mise en œuvre.
Autrement dit, la formation est une condition d'accès au marché, pas une option.
On retrouve également le chanvre dans la fabrication de certains géotextile (paillage, anti-érosion, accès temporaire de chantier)
En 2024, nos formateurs maçons ont pu participer à une initiation lors de leur séminaire technique dans les Hauts-de-France.
Industrie : la fibre qui allège
La papeterie reste le premier débouché de la fibre de chanvre (papiers techniques, papier à cigarette), mais la plasturgie absorbe déjà 10 % des fibres produites en France.
Pour les matériaux composites, les fibres végétales peuvent remplacer les fibres de verre comme renfort, y compris pour des pièces structurelles. L'automobile les utilise pour alléger les véhicules : en 2016, la Peugeot 308 intégrait par exemple un panneau de portière en chanvre et polypropylène.
Pour les métiers de l'industrie, l'enjeu est de savoir mettre en forme ces nouveaux renforts, dont le comportement diffère de celui des fibres synthétiques.
Matériaux souples : le textile se relance
Autrefois cultivé pour les cordages, les voiles et l'habillement, il a été supplanté par le coton puis les fibres synthétiques. Aujourd'hui, le textile ne représente que 10 % des usages de la fibre française.
Néanmoins les initiatives se multiplient :
- depuis 2021, 27 projets lin et chanvre ont reçu 42,4 millions d'euros d'aides publiques pour relocaliser la transformation;
- une filière chanvre textile a été lancée en Normandie en mars 2023 ;
- dans la Loire, les Tissages de Charlieu testent le chanvre local en adaptant leurs outils de filature et de tissage.
La limite est technique : transformer le chanvre en fibre textile longue et fine reste coûteux. Le chanvre textile est encore surtout produit et transformé en Chine.
Métiers du goût : la graine en cuisine
Le chènevis est un ingrédient à part entière, riche en protéines, en vitamines du groupe B et en acides aminés. 42 % des graines produites en France vont déjà à l'alimentation humaine, sous forme de protéines et d'huile. En boulangerie, en pâtisserie ou en cuisine, on le travaille entier ou décortiqué, en huile ou en farine.
Le cadre sanitaire est clair. La graine ne produit pas de cannabinoïdes : le THC n'y est présent que sous forme d'impureté résiduelle. L'Union européenne en fixe les teneurs maximales : 3,0 mg/kg pour les graines et 7,5 mg/kg pour l'huile de chènevis.
Pourquoi c'est une matière d'avenir
Le chanvre coche les cases d'une matière peu impactante dès le champ, mais ses usages ne sont pas tous au même niveau de maturité.
Ses atouts, selon l'interprofession InterChanvre :
• aucun traitement phytosanitaire ;
• une bonne résistance à la sécheresse, sans irrigation ;
• un stockage de 15 tonnes de CO2 par hectare ;
• un effet bénéfique sur la culture suivante dans la rotation.
Ses principales limites :
• le textile reste coûteux à produire, faute de procédés de transformation matures ;
• le béton de chanvre est une filière humide, avec des temps de séchage à prévoir, et sa mise en œuvre exige une formation spécifique.



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